Dimanche 13 mars
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Je prends enfin le temps en ce dimanche plein de grisaille de vous parler du dernier combo livre-adaptation ciné auquel je me suis
intéressée.
Je crois ne pas me tromper en disant que toujours, j'ai préféré les livres aux adaptations cinématographiques, et cela peu importe la version vue
ou lue en premier lieu. Du Seigneur des Anneaux, où j'avoue avoir vu le premier film avant de lire le premier tome, jusqu'au Liseur et La nostalgie de l'ange, les films
me paraissent toujours bien ternes et pas toujours très bien adaptés face aux romans...
Auprès de moi toujours ne fait pas exception.
J'ai commencé par voir la bande-annonce du film, il y a qq semaines. J'ai décidé ensuite de lire le roman de Kazuo Ishiguro avant la date de sortie
du film. Et c'est ce que j'ai fait, achevant les dernières pages le mardi soir, courant voir le film le mercredi soir.
Le roman,
d'abord.
"Je m'appelle Kathy H. J'ai trente et un ans, et je suis accompagnante depuis maintenant plus de onze ans."
Voilà la première phrase de ce livre. Qu'est-ce qu'une accompagnante? Pourquoi ne donner qu'une initiale? Les premières questions apparaissent,
sans réponses. S'en suit le récit de Kathy, décrivant d'un ton égal sa vie et son passé, d'abord à l'école d'Hailsham, puis aux Cottages, en compagnie de ses deux grands amis, Ruth et
Tommy.
Lorsque je dis d'un ton égal, c'est effectivement ce qui m'a marqué dès le début. Très peu de sentiments, de subjectivité, et beaucoup de
description dans les fait, comme si Kathy H. s'était posée comme intention d'être la plus précise et objective possible sur ses souvenirs. Non pas pour chercher à comprendre quelque chose ou
dénouer un mystère comme dans une enquête policière, mais juste pour coller à la vérité des faits, semble-t-il.
C'est comme cela que nous sont distillées d'infimes informations sur la situation, sur l'identité et la fonction des personnages. Car ce roman
s'avère être un roman d'anticipation : Kathy, Tommy, Ruth et tous les élèves d'Hailsham sont des clones, des incubateurs d'organes destinés à leur modèle. Ces mots n'apparaissent pourtant pas
dans l'histoire (ou alors 1 fois peut-être, à vérifier) et c'est là toute la force du livre...
Si durant les premiers chapitres, l'absence d'action concrète et d'explication peut destabiliser et mener à une impression d'ennui, la tendance
s'inverse en 2e partie, et plus particulièrement vers la fin du livre, lorsqu'on comprend en quelques pages à la fois le passé de Kathy, son rôle et son comportement, mais aussi la portée de
l'histoire, ce qu'elle implique pour ses personnages et surtout ce qu'elle signifie dans notre vie actuelle. Et en fermant le livre, c'est tout notre monde qu'on remet en question.
Je n'en dirais pas plus sur le contenu, mais je peux assurer qu'on ne peut pas sortir indemne de cette histoire et de l'angle par lequel elle est
abordée. La passivité, l'objectivité, la longueur deviennent les qualités d'un récit au service du message qu'il transmet. Un grand livre, un grand roman, et de grandes questions qui
bouleversent.
Le film, ensuite.
Erreur que j'ai peut-être faite : ne pas prendre le temps de digérer et d'oublier un minimum le livre avant d'aller voir le film. Néanmoins, d'un
point de vue purement objectif, on ne peut enlever à cette adaptation la fidélité à l'histoire et à la forme de transmission du message.
On y retrouve le point de vue objectif, bien qu'un peu moindre, le rythme lent, la photographie très bonne, la narration par Kathy H.
Malheuresement, les informations ne nous sont pas distillées avec autant d'implicite que dans le livre. Les sentiments des personnages sont un peu trop claires, trop rapides, trop exacerbés à mon
goût. Et d'un point de vue subjectif, je n'aurais pas imaginer Hailsham comme Romanek l'a fait. Mais peu importe, car l'essentiel y est : le questionnement et la tragédie qui se cache derrière
l'histoire.
La condition nécessaire à la réussite d'un tel film passe forcément par la qualité des acteurs choisis. Si les acteurs ne sont pas crédibles pour
un film d'une telle portée, alors le message n'a que très peu de chance de toucher le public. Ici, on n'aurait pu rêver meilleurs acteurs.
Carey Mulligan dans le rôle de Kathy H., Andrew Garfield dans le rôle de Tommy (et Keira Knightley dans le rôle de Ruth, moins performante mais
correcte) incarnent avec une sensibilité, une grâce et une justesse exceptionnelles leur rôle respectif, nous démontrant l'espace de ce film qu'ils sont les acteurs les plus talentueux de la
jeune génération (An education et Boy A. nous l'avaient déjà montré mais mieux vaut 2 fois qu'une!). Leurs regards, leurs sourires sont emprunts de la mélancolie de l'histoire et de son cadre.
Tout est sobre, élégant, innocent et terriblement vrai. Une réussite, donc.
Conclusion : lisez ce roman et allez voir ce film